Dans le cadre des activités de formation et d’information des citoyens, le Centre pour la gouvernance démocratique (CGD) a organisé samedi 18 avril 2008, une conférence publique à Bobo Dioulasso. L’état de la démocratie au Burkina Faso était au centre des débats.
L’état de la démocratie au Burkina Faso est-il satisfaisant ? Si non, que faire pour y remédier ? C’est la problématique autour de laquelle le professeur Augustin Loada, directeur du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), a organisé la réflexion qu’il a partagée le samedi 18 avril 2009 dans la salle du Ciné Sagnon de Bobo Dioulasso, avec un public composé essentiellement d’étudiants. Après quelques précisions d’ordre conceptuel sur les notions de gouvernance, de démocratie, d’alternance, le conférencier, partant de certaines constations empiriques et des résultats d’une enquête menée par le CGD, a abouti à la conclusion que la démocratie burkinabè est "mi-figue, mi-raisin".
Selon lui, en Afrique, il y a des modèles de démocratie qui émergent et des pays qui sont en retard par rapport au train de la démocratie. Dans le premier groupe, il cite des pays comme le Bénin, le Mali, le Ghana, etc. Dans la seconde loge se trouvent des noms comme le Zimbabwe, le Togo et autres. Si le Burkina n’est pas le Zimbabwe, il n’est pas non plus le Bénin, encore moins le Ghana qui a à son actif une double alternance, à la suite de son expérience révolutionnaire des années 80, a indiqué le professeur Loada. L’alternance, de son point de vue, est un signe notoire de la démocratie.
Forte demande contre piètre offre démocratique
Il n’y a pas eu une reconversion sincère à la démocratie, a professé le conférencier, selon qui, au-delà de l’habillage institutionnel formel, il n’y a pas une remise en cause véritable des habitudes autoritaires. D’alternance au Burkina, Augustin Loada note plutôt un changement graduel au sein du système sans changement du système lui-même. Toute chose qui a donné lieu, constate-t-il, à un régime hybride, cherchant coûte que coûte à se maintenir en présentant un appareillage institutionnel formel, mais qui referme le jeu démocratique par des dispositifs informels. Cela se caractérise, poursuite-t-il, par un champ économique contrôlé et verrouillé, des autorités coutumières caporalisées, un opposition neutralisée, etc.
La qualité de la démocratie au Burkina Faso est insatisfaisante. Autre postulat du professeur Loada, postulat qu’il rattache au fait qu’il existe dans ce pays une forte demande démocratique qui, fort malheureusement, rencontre une offre de piètre qualité. Cela étant corroboré, selon son analyse, par une comparaison historique et sous-régionale. La corruption électorale, la pléthore de partis politiques, le verrouillage du jeu démocratique burkinabè, tels sont, entre autres, les maux de la démocratie burkinabè décriés par le professeur Loada. Toutefois, des perspectives encourageantes se dessinent, s’est-il rejoui.
Il en veut pour preuves la multiplication des prises de parole, la multiplication de la protestation, une presse de plus en plus décomplexée, une désaffection électorale de plus en plus prononcée, etc. Augustin Loada a aussi supputé sur "cette nouvelle force politique qui est apparue depuis quelques temps sur la scène et qui se réclame de la société civile". Selon lui, celle-ci a un agenda caché qui, au-delà de élection de 2010, est lié à la succession au pouvoir.
Par Ladji BAMA
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